Maintenant que la décision est tombée sans surprise d’une prorogation de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, place à une observation générale pour dégager un champ des possibles pour ce pays qui est le symbolique des errements et,de la communauté internationale et, de sa classe politique en général.
Déjà nul ne devrait parler encore d’un régime démocratique en Centrafrique en ce jour; Tout comme le leitmotiv d’une occupation de la RCA à hauteur de 80% par les groupes armés allait continuer à faire le chou gras des presses nationales et internationales.
L’offensive menée par les éléments de la CPC, en janvier 2021, devrait aboutir par la prise de pouvoir de l’Etat. Ce, au nez et à la barbe de toute la communauté internationale.
Ce scénario catastrophe évité de justesse est le résultat de l’entremise des paramilitaires Russes de la société Wagner. Lesquels paramilitaires sont mieux armés que les FACA, croupissant sous embargo du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, et donc capables de faire face aux éléments de la CPC. C’est pour dire que sans une dotation en armes en quantité et qualité, le pays allait replonger dans la psychose des groupes armés.
Il serait intéressant de s’arrêter et accepter ce préalable qui vaut son pesant d’or: les éléments de Wagner ne sont en Centrafrique sous l’égide des Nations-Unies. Ils ne sont venus pour une opération de maintien de la paix. Ils y sont pour faire laguerre. Et le seul moyen, jusqu’à preuve du contraire, pour combattre les terroristes, c’est de leur faire la guerre; et aucune guerre n’est propre…
De ce préalable, il apparait distinctement que l’intervention des paramilitaires de la société Wagner est un véritable scandale pour la communauté internationale dans son ensemble et pour la démocratie en particulier: il a fallu des mercenaires pour décanter une situation que 12.000 troupes de la Minusca n’ont parvenu à le faire.
Dans la crise en Centrafrique, la communauté internationale est en échec total; et elle ne peut souffrir de circonstances atténuantes; il serait fort intéressant que les causes de cet échec soient extirpées et analysées pour que la communauté internationale ne confisque le destin des centrafricains indéfiniment, et d’autres peuples, au nom de certains principes ne correspondant à la réalité.
Quels regards les Centrafricains posent sur l’intervention Russe?
Les Centrafricains, dans la quasi-majorité applaudissent cette intervention. Cela, à juste raison. Cette intervention a permis la reconquête de pratiquement l’ensemble du territoire; véritable prouesse à saluer tant l’enlisement de la crise était patent, à telle enseigne que même le gouvernement sortant n’a pas hésité à considérer les groupes armés de «partenaires».
Et maintenant ?
Une fois constatée que Wagner a permis de reconquérir la majeure partiedu territoire Centrafricain, quele Conseil de Sécurité des Nations-Uniesaprorogé l’embargo sur les armes à destination des FACA, les différents défis auxquels le pays est assigné sont restés en l’état. Et la RCA est toujours un pays en crise;les paramilitaires de Wagner sont toujours en RCA, avec des exactions signalées de plus en plus, et la CPC est toujours signalée dans les différentes contrées de ce pays. Ainsi la RCA réunit tous les ingrédients d’un pays en crise.
Un bref rappel fort intéressant. Le mot «crise» vient du grec, en passant par le latin. Le mot grec «krisis» avait de nombreux sens dont les principaux sont: «action de distinguer», «action de choisir» et «action de décider».
C’est depuis l’offensive de la Séléka en décembre 2012 que la RCA est en crise et cela perdure jusqu’à maintenant. Cette crise révèle ce que nous avions qualifié d’activisme méprisant. Ce, de la part de la communauté internationale présente en Centrafrique; de la part de la France,le partenaire traditionnel de la RCA qui introduit résolutions sur résolution auprès du Conseil de Sécurité des Nations-Unies; de la part de la Russie, le nouvel allié du pouvoir de Bangui; de la part du pouvoir, tout comme de l’opposition.
À l’exception de quelques actions semblables à du saupoudrage, la crise révèle piteusement que personne ne décide en RCA et, pour la RCA. Et la seule victime perpétuelle demeure la population qui souffre le martyre d’une situation délirante défiant tout mépris.
Enfin l’heure de choix?
Le pays està la croisée des chemins. Les approximations doivent être bannies pour faire place à des actions et de réflexions de fond.
Devant la persistance de la France initiant des résolutions sur résolution
remettant en cause la souveraineté de la RCA sans proposer d’accompagner le pays pour satisfaire aux exigences sensées lever l’embargo; devant la mise sous boisseaux de la capacité de la Russie d’opposer son véto aux résolutions cyniques contre la RCA, il apparait que le pays a besoin des actions politiques fortes. Ces actionsseront pertinentes que si elles revêtent des symboles pour le renouveau du pays et de la politique qu’il faut imprimer au pays; car seule la dimension symbolique est au cœur de toute action politique et des transformations attendues.
Ainsi la RCA a intérêt à initier une série d’actions politiques à valeur de symboles pouvant impacter sur ce qu’il en reste de la nation Centrafricaine.
Les actions à satisfaire sont:
– La première, la RCA serait avisée de ne plus introduire–pour l’instant,une demande de levée de l’embargo pour ne plus essuyer des échecs teintant sa diplomatie d’une piètre image. Cette action est le symbole de la Dignité que le pays doit impérativement retrouver pour sa survie.
Elle doit concentrer ses efforts pour remplir les exigences militaires. Parmi celles-ci, ces 4 points:
1. Construction de camp attitré à chaque corps constituant les FACA;
2. Construction d’armurerie spécifique à chacun de ces corps;
3. Construction de soutes à munitions ;
4. Construction de râteliers extensibles pour les besoins de traçabilité des armes qui rentrent ou sortent de l’armurerie.
Seule la satisfaction de ces 4 points ouvrira la possibilité à la levée totale de cet embargo qui récuse sournoisement la souveraineté de ce pays.
La France se contente de présenter les résolutions pour l’embargo sur les armes à destination des FACA; la Russie se contente de livrer les armes à la RCA. Aucune de ces deux nations ne cherche à accompagner le Centrafrique pour ces différentes constructions essentielles à l’existence de toute armée. Livrer les armes est une chose, les stocker et contrôler leur utilisation est une autre chose. Stocker en lieu sûr les armes et assurer leur traçabilité est essentiel pour la sécurité non seulement pour les militaires mais aussi pour la population civile. L’histoire récente de la RCA plaide pour ces constructions. Et la RCA ne peut prétendre le contraire.
– La deuxième est d’initier la relecture de l’Accord de Khartoum. Ce, pour sortir ce pays des relations incestueuses avec les groupes armés, véritables proxys de certaines puissances régionales et internationales.
La relecture de cet Accord a pour symbole la fin de l’impunité qui ne saurait à géométrie variable.
L’Accord de Khartoum était intervenu quand le rapport des forces était à l’avantage des groupes armés. Aujourd’hui tel n’est le cas. Pourquoi leur conserver cet avantage, en dépit de nombreuses violations et du fait que ceux-ci sont dans la CPC ?Comment comprendre la déclaration de guerre à la CPC mais rester dans cet accord liant le pouvoir et les groupes composants la CPC?La politique a besoin d’un minimum de cohérence!
– La troisième et dernière est de faire du dialogue républicain ou inclusif (c’est selon)le lieu pour la révision de la constitution afin qu’elle soit réellement une émanation populaire et doter le pays des outils forts contre la patrimonialisation des biens nationaux et déconstruire la #République_de_Bangui pour construire et développer véritablement la RCA.
Cette fusée à trois étages doit être lancé, non en endossant le costume étriqué estampillé MCU mais plutôt en embrassant le pays dans sa singularité et diversité.
Il est moins sûr de parier sur le déroulé de ces actions; toutefois sortir de l’accord de Khartoum, doter l’armée nationale des infrastructures de stockage garantissant la traçabilité des armes de guerre, et réunir le pays en partant de la «consultation à la base» élargi aux obligations de la non-patrimonialisation des biens publics. Ces trois (3) actions permettront au pays de sortir de la crise pour embrasser le développement qu’il a besoin en phase à ces réalités intrinsèques. Cela fera sortir la RCA des mirages d’un pays riche ou d’un pays perpétuelle victime de la communauté internationale. Il est temps que la RCA, un pays qui doit être et se considère pleinement comme tout pays membre des Nations-Unies, dispose de lui-même en prenant direction de sa destinée résolument.
Note:
«I kou i ba», en Sango langue nationale de la RCA, c’est le synonyme de « Wait and see« .

Observateur politique – RCA

